Le jeûne est-il dangereux pour la santé?
- Claire

- il y a 4 heures
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Il y a une question qui revient inlassablement, presque avec inquiétude : « Ne pas manger pendant une semaine… est-ce dangereux ? » La simple idée de s’abstenir de nourriture pendant plusieurs jours déclenche souvent des images de faiblesse, de carence, voire de danger immédiat. Pourtant, si l’on prend un instant pour regarder notre physiologie et les données scientifiques, la perspective change radicalement.

Je dirige un centre de jeûne, La Lune Rose, à Duras. J’accompagne des adultes en bonne santé qui viennent vivre l’expérience d’une semaine sans manger. Ce que j’observe, semaine après semaine, ne correspond pas au récit alarmiste ambiant. Je vois des corps qui s’adaptent, des esprits qui s’éclaircissent, des tensions qui s’apaisent. Et je repense souvent à cette phrase du pionnier du jeûne en France, Gisbert Bölling :
« Il est plus dangereux de manger sans surveillance médicale que de jeûner sans surveillance médicale. »
La formule peut surprendre. Elle bouscule. Pourtant, elle repose sur une réalité biologique simple : l’être humain est physiologiquement programmé pour supporter des périodes sans apport alimentaire. Pendant des millénaires, l’accès à la nourriture a été irrégulier. Notre métabolisme s’est construit dans cette alternance d’abondance et de privation.
Les travaux du chercheur américain George Cahill à Harvard, dès les années 1960, ont minutieusement décrit l’adaptation métabolique au jeûne. Après l’épuisement des réserves de glycogène, l’organisme bascule vers l’utilisation des graisses. Le foie produit alors des corps cétoniques qui deviennent un carburant efficace pour le cerveau. La glycémie se stabilise, les protéines musculaires sont relativement préservées, et le métabolisme entre dans un mode d’économie remarquablement sophistiqué. Ce processus n’a rien d’anormal : il est profondément humain.
Cela signifie-t-il que le jeûne est anodin pour tous ? Non. Il existe des contre-indications formelles : diabète insulinodépendant, troubles du comportement alimentaire, grossesse, allaitement, insuffisances hépatiques ou rénales sévères, maigreur extrême, certains traitements médicamenteux. Le discernement est indispensable. Mais pour un adulte en bonne santé, correctement informé et hydraté, une semaine de jeûne hydrique est généralement bien tolérée.
La véritable question n’est peut-être pas : « Le jeûne est-il dangereux ? » mais plutôt : « Qu’est-ce qui l’est réellement ? »Car les données épidémiologiques sont sans appel. Selon l’Organisation mondiale de la santé, près de 74 % des décès prématurés dans le monde sont liés aux maladies non transmissibles : diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, certains cancers, pathologies métaboliques. Ces affections sont étroitement corrélées à la suralimentation, à l’excès de sucres raffinés, de graisses transformées, à la consommation massive d’aliments ultra-transformés. L’étude récente de The Lancet a montré qu’une augmentation de la part d’aliments ultra-transformés dans l’alimentation est associée à une hausse significative du risque de cancer.
Autrement dit, nous vivons dans une société où l’acte de manger — autrefois vital — est devenu, par excès et par altération de la qualité alimentaire, un facteur majeur de maladie.
À l’inverse, le jeûne déclenche des mécanismes de réparation cellulaire fascinants. Les recherches de Yoshinori Ohsumi, récompensées par le prix Nobel en 2016, ont mis en lumière l’autophagie, ce processus par lequel la cellule recycle ses composants endommagés. Des chercheurs comme Valter Longo ou Mark Mattson ont exploré les effets du jeûne sur l’inflammation, la sensibilité à l’insuline, la santé cardiovasculaire et la résilience cérébrale. Dans certains contextes précoces, on observe même une amélioration marquée des paramètres du diabète de type 2.
Le jeûne ne relève pas de la magie. Il ne guérit pas tout, et il ne dispense jamais d’un suivi médical adapté lorsque cela est nécessaire. Mais il révèle une vérité troublante : le corps possède des capacités de régulation et de réparation remarquables lorsqu’on lui laisse le temps et l’espace de les activer.
Alors, le jeûne est-il dangereux pour la santé ?La réponse honnête est nuancée. Il peut l’être dans certaines situations précises, mal évaluées ou mal encadrées. Mais pour un adulte en bonne santé, informé et respectueux des contre-indications, une semaine de jeûne correspond à un mécanisme naturel d’adaptation métabolique.
Ce qui est véritablement dangereux, aujourd’hui, n’est peut-être pas l’absence temporaire de nourriture. C’est l’excès permanent. C’est la normalisation de la malbouffe. C’est l’idée que le corps ne pourrait survivre quelques jours sans apport, alors qu’il est en réalité conçu pour cela.
À La Lune Rose, je vois des femmes et des hommes franchir ce pas avec appréhension, puis découvrir une énergie stable, une clarté mentale nouvelle, un rapport apaisé à l’alimentation. Le plus difficile n’est pas de ne pas manger. Le plus difficile est souvent d’oser remettre en question nos croyances.
Et si la vraie audace, aujourd’hui, consistait simplement à laisser le corps faire ce qu’il sait faire depuis toujours ?





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