Pourquoi mange-t-on trois fois par jour ?
- Claire

- il y a 8 heures
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Histoire du petit-déjeuner et rythme biologique
Il suffit d’évoquer le jeûne pour entendre cette phrase :« Mais enfin, on doit manger trois fois par jour. »
L’affirmation paraît évidente. Presque naturelle. Comme si notre organisme avait été conçu pour réclamer son petit-déjeuner, son déjeuner et son dîner à heures fixes. Pourtant, lorsqu’on interroge l’histoire de l’alimentation humaine, cette évidence vacille.
Déjeuner : rompre le jeûne… à midi
La langue française conserve la mémoire des choses.Le mot déjeuner vient de dé-jeûner : rompre le jeûne. Pendant des siècles, on rompait le jeûne nocturne au milieu de la journée. Midi, du latin medius dies, signifie littéralement “milieu du jour”. La matinée se déroulait
donc sans apport alimentaire structuré. Le “petit-déjeuner” n’apparaît qu’à la fin du XVIIᵉ siècle, d’abord dans les milieux aristocratiques. Il ne s’agit pas encore d’un repas codifié, mais d’une collation légère. Une habitude sociale, non une nécessité physiologique.
Si l’on ramenait les 300 000 ans d’existence d’Homo sapiens à une journée de vingt-quatre heures, le petit-déjeuner moderne apparaîtrait dans les toutes dernières minutes.
Avant les trois repas : un rythme souple et solaire
L’historienne Abigail Carroll rappelle que les premières civilisations structuraient rarement leur journée autour de trois repas fixes. On mangeait un ou deux repas, selon la saison, la lumière et la nature du travail accompli. L’alimentation suivait le soleil plus que l’horloge. Elle s’adaptait aux contraintes agricoles, aux récoltes, aux migrations. Le modèle des trois repas quotidiens n’est donc pas un invariant anthropologique. Il est une construction tardive.
La Révolution industrielle et la naissance d’un rythme mécanique
La structuration rigide des repas apparaît véritablement avec la Révolution industrielle. Les usines imposent des horaires communs, des pauses synchronisées, une organisation collective du temps. Un repas avant le travail.Un repas à midi.Un repas en rentrant.
Ce rythme répond à une logique de production et de gestion de la main-d’œuvre. Il ne découle pas d’une observation fine du fonctionnement métabolique humain. Peu à peu, ce modèle s’impose comme norme sociale.
Le petit-déjeuner “indispensable” : construction culturelle du XXᵉ siècle
Au début du XXᵉ siècle, le marketing moderne joue un rôle décisif. Edward Bernays, pionnier des relations publiques, orchestre dans les années 1920 une campagne visant à promouvoir le bacon au petit-déjeuner. Comme le relate The Guardian, il sollicite des médecins afin qu’ils soutiennent publiquement l’idée d’un repas matinal copieux. Ces déclarations sont relayées comme un consensus scientifique. Le message se diffuse rapidement : le petit-déjeuner devient “le repas le plus important de la journée”.
Une stratégie commerciale se transforme en vérité culturelle.
Jeûne intermittent : nouveauté ou continuité ?
Aujourd’hui, prolonger le jeûne nocturne est souvent qualifié de “jeûne intermittent”. La pratique suscite curiosité, débats, parfois inquiétude. Pourtant, si l’on adopte une perspective historique, l’absence de petit-déjeuner n’a rien d’extraordinaire. Elle correspond à ce que l’humanité a pratiqué pendant l’immense majorité de son existence. Notre évolution s’est construite sur une capacité d’adaptation : alterner périodes d’abondance et périodes de restriction. Le métabolisme humain sait mobiliser ses réserves. Il sait fonctionner sans apport constant. Dans cette perspective, le repos digestif n’est pas une anomalie. Il fait partie du cycle physiologique.
Repenser les trois repas à la lumière de notre biologie
Les recherches contemporaines sur le jeûne et la régulation métabolique suggèrent que l’organisme bénéficie de périodes sans ingestion alimentaire : amélioration de la sensibilité à l’insuline, meilleure flexibilité énergétique, modulation de l’inflammation.
Sans transformer le jeûne en dogme, il est possible de reconnaître que le modèle des trois repas par jour n’est ni universel ni immuable.
Revenir à une écoute plus fine de la faim, redonner de l’espace au repos digestif, questionner l’automaticité des horaires alimentaires : voilà peut-être une manière de renouer avec notre histoire longue.
Explorer le jeûne dans un cadre encadré
À La Lune Rose, à Duras, j’accompagne des semaines de jeûne et randonnée dans un cadre structuré et sécurisé. L’objectif n’est pas la privation, mais la compréhension : comprendre le fonctionnement du corps, observer les rythmes internes, expérimenter le repos digestif.
Le jeûne n’est pas une rupture avec la nature humaine.Il en est l’une des expressions les plus anciennes.





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